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21 mai 2026 4 21 /05 /mai /2026 11:03
Désastre pour les citoyens et pour les communes de « l’économie d’échelle » et de la « rationalisation »
Désastre pour les citoyens et pour les communes de « l’économie d’échelle » et de la « rationalisation »
Désastre pour les citoyens et pour les communes de « l’économie d’échelle » et de la « rationalisation »

 

Insidieusement, par petites touches, on essaye de faire rentrer dans la tête des gens qu’il faut « rationaliser », qu’il faut être « raisonnable » et qu’il y a des « économies d’échelle » possibles. Peu à peu, l’opinion publique finit par convenir de cette vision technocratique selon laquelle il faut regrouper pour mieux servir.

Mardi, nous étions à la préfecture pour une longue et dense réunion avec l’ensemble des services de l’État afin de nous informer de tout le dispositif. En 37 ans, c’est la première fois que je voyais se dérouler une telle manifestation.

Au moment où cela a été le tour de l’Éducation nationale, la très respectable directrice a expliqué que le nombre d’enfants baissait et que, donc, des classes allaient fermer, mais qu’il y avait une bonne solution « qui marche bien » : les regroupements scolaires…

Fermer une école dans une commune rurale, c’est arrêter la vie sociale de la commune. Et, pour éviter toute discussion dans une petite commune, si on commence à fermer une classe, c’est à terme l’école que l’on condamne.

Réduire un village a des gens qui viennent y dormir ,a voir ses rues désertes et l'enracinement ,l'appropriation du village par les enfants et leurs parents disparaitrent ,une vision tres centralisatrice ,où l'humanité ne rentre pas dans les algorithmes 

Ce qui est intéressant, c’est que, pour fermer une classe, l’Éducation nationale fournit un chiffre « minimum » d’élèves. Si l’on passe en dessous, après comptage physique des enfants, la décision tombe…

Ce chiffre « minimum » varie et ressemble diablement à une variable d’ajustement par rapport aux effectifs d’enseignants disponibles.

La vraie question est cette idée destructrice selon laquelle le service public doit être « rentable », qu’une école doit avoir un nombre d’enfants déterminé, dont on ignore le critère. J’ai connu une école de campagne où il y avait douze enfants, et qui était une merveille.

L’administration française a toujours voulu supprimer les communes, les regrouper, et tout est bon pour cela. Une fois que l’on a fait un regroupement scolaire, le pas est franchi pour fusionner les communes. On a créé les intercommunalités en expliquant que cela ferait des « économies d’échelle », et chacun peut sourire devant le résultat.

On ferme des maternités au nom du même principe, et c’est un désastre. En Essonne, on a fermé trois hôpitaux pour en reconstruire un bon « gros » sur un autre périmètre, à l’accessibilité discutable et au fonctionnement complexe, qui rend fous les véhicules d’urgence. Mais, politiquement, le plateau de Saclay a son hôpital.

Si l’on suit le raisonnement de l’Éducation nationale ou de l’Agence régionale de santé, il faut que le facteur cesse de distribuer le courrier dans les hameaux isolés, qu’en dessous d’un certain nombre de courriers la tournée ne soit plus effectuée dans certains villages. Il faudrait que les communes, qui ont parfois tiré des kilomètres de tuyaux pour quelques maisons isolées, cessent de les entretenir et regroupent ces gens-là dans les bourgs. Ceausescu faisait très bien cela. Idem pour l’électricité, pour les transports publics… La liste est longue de ce qui fait la différence entre la rentabilité et un service public, entre un bilan financier et la solidarité républicaine.

On nous entraîne irrésistiblement vers des raisonnements comptables plutôt que vers l’aménagement du territoire, et l’État aide à ouvrir des épiceries et des bistrots tandis qu’il ferme des écoles, alors qu’il y a des cercles vertueux qui ne commencent pas par le zinc des bistrots.

Cet encerclement par une certaine idée de la « rentabilité », des décisions « raisonnables », du pragmatisme, ressemble chaque jour davantage à un étranglement et à une tentative de déshumanisation du territoire, et de ce pourquoi l’État et les collectivités sont censés agir.

ce qui me met en colére c'est de voir a quel point certains fonctionnaires sont tellement convaincus du bien fondé de leurs affirmations ,comme si une mur se dressait ,ils ne sont pas machiavéliques, ils sont sincères  
 
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Published by Christian SCHOETTL