Sur France Info hier, long débat avec le ministre inconnu Jean-Didier Berger, secrétaire d’État délégué auprès du ministre de l’Intérieur, une série de questions organisée sur le thème « l’État ne fait rien ».
Par exemple, sur le fait que le « gouvernement » n’avait pas offert des lunettes à éclipse gratuitement à tout le monde, avec cet argument majeur : « il l’a bien fait en 99 ».
Avouons que l’idée que l’État devrait offrir des lunettes pour observer l’éclipse me paraît fou et surtout révélateur du regard que nos concitoyens portent sur le rôle de l’État, sur leur rapport quasi infantile à l’assouvissement des désirs, plaisirs et en particulier leur prise en charge.
D’abord, cet argument « ils l’ont fait en 99, alors il n’y a pas de raison… » : chacun doit mesurer que si une mesure est prise, elle n’est pas forcément, et heureusement, gravée dans le marbre, et chacun peut s’interroger sur le fait que les mêmes qui pointent du doigt toutes les dépenses « au lieu d’acheter des Canadairs » verraient assez facilement dépenser 30 ou 40 millions d’euros pour des lunettes à éclipse à usage très unique, pour 1 minute 36 secondes d’observation.
En tout cas, cette idée de « précédent » peut être déclinée à l’infini.
Quant au fait que l’État devrait fournir des lunettes gratuitement, c’est une sorte de dépendance permanente à un État-providence qui se révèle là.
Nous voulons un État qui paie tout, prévoit tout, protège de tout, répare tout et anticipe tout, mais nous refusons qu'il nous dise quoi faire.
Je ne sais pas combien coûtent ces lunettes, mais avouons que les fournitures scolaires, par exemple, me semblent une dépense plus justifiée, car sinon, j’aimerais qu’on m’offre des places de cinéma car j’ai droit à la culture, avoir droit à un éclair au café par mois au nom de la défense de la gastronomie et mon droit à la gourmandise, et un virgin mojito au bar de la plage parce que tout le monde devrait avoir droit à un virgin mojito au bar de la plage et pas que les riches sur leurs yachts à Saint-Tropez.
Après, il y a le discours sur la prévention qui est une ficelle grosse comme le bras, qui décline sur le thème : l’État n’a rien fait pour prévenir du risque, comme si tous les médias, sous toutes les coutures, n’avaient pas expliqué le danger de regarder sans lunettes.
Avouons que l’État nous prévient des risques de cancer du poumon, mais que c’est aussi lui, et donc nous, qui paierons les dizaines de milliers d’euros de traitement en cas de cancer, alors que fumer n’est pas vraiment une obligation mais un choix personnel, et je ne vous parle pas de ceux qui filent acheter leurs clopes en Espagne pour éviter les taxes, mais qui trouveront tout à fait normal de se faire soigner dans des hôpitaux français. Mais je m’égare.
Nous sommes progressivement passés d'un État qui garantit un cadre collectif à un État que nous voudrions transformer en parent collectif : il doit nous protéger de nos erreurs, financer nos envies, réparer nos imprudences et anticiper les conséquences de nos choix. Les élus en portent une lourde responsabilité car il est electoralement plus efficace de dire oui que de dire non .
Parmi les lourdes condamnations des journalistes est venue celle des milliers de dossiers sur les violences sexuelles aux mineurs non instruits, et avouons que c’est consternant. Mais ce qui l’est, c’est le nombre de dossiers, pas de le dire, de l’afficher.
Tout médecin pose un diagnostic pour soigner une maladie. Ce qui est consternant, c’est que cela dure depuis des temps immémoriaux. Ce qui serait consternant, c’est de le cacher. Soulever le tapis et découvrir la poussière est un premier pas vers un grand nettoyage. On ne peut pas reprocher la transparence, même si elle est chargée d’arrière-pensées.
révéler un problème n'est pas créer le problème.
Si souvent je montre du doigt le drame des communautarismes en France, prière d’y associer celui des corporatismes.Ces corporatismes qui se rendent intouchables ,incritiquables ,chacun les connait les mesure ,du fait d'une loi divine un juge ,un policier ,un fonctionnaire ,un agriculteur même un pompier ne fait jamais d'erreur, c'est un principe et en réalité un danger car malheur a celui qui le laisserait supposer
Juste envie de partager ce moment sur France Info, que j’aime, avec un ministre au pilori et cette passion française pour un État responsable de tout, des citoyens qui ne rêvent que de dépendre de lui encore plus et surtout que, quoi qu’il arrive, ce soit l’État qui soit responsable.
Nous rêvons parfois d'un État qui serait à la fois notre assureur, notre banquier, notre médecin, notre nounou et notre distributeur automatique de droits, mais surtout pas notre autorité.
On ne va pas commencer à nous imposer à débroussailler, à respecter les limites de vitesse ,nous empêcher de coller une torgnole à notre gosse quand il l’a méritée, et encore moins de boire un coup meme en conduisant pour fêter l’anniversaire tata Raymonde : « on est en République ! »