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27 octobre 2026 2 27 /10 /octobre /2026 14:25
Le lent dépouillement des consciences

Je ressens un profond malaise a voir nos élus officiellement attachés aux valeurs de la république  se confiner dans un bac a sable irresponsable et se "chicailler" entre eux ,plus ambitieux pour eux que pour leur pays , tandis que la chronique annoncée d'un naufrage se met en place et cela depuis des mois

je ressens un profond malaise dans les conversations  auxquelles j'assiste où  le pire se banalise même vis a vis de gens pour qui j'ai une immense estime   

Le lent dépouillement des consciences

Il y a quelque chose d’inquiétant dans l’évolution de la vie politique française. Non pas seulement parce qu’elle s’extrémise, se durcit et semble de moins en moins capable de rechercher des compromis. Mais parce que, dans ce mouvement, des femmes et des hommes qui, hier encore, condamnaient les extrêmes commencent insidieusement à leur trouver des circonstances atténuantes.

La politique du consensus est devenue suspecte. Le compromis est assimilé à une faiblesse, la nuance à une hésitation, et la recherche d’un accord à une forme de renoncement. Il faudrait désormais choisir son camp, s’y tenir et considérer l’adversaire comme un ennemi. La complexité du monde se résumerait à une opposition entre deux blocs, deux vérités, deux camps irréconciliables.

C’est dans ce climat que s’installe une question, apparemment raisonnable : « Si je dois choisir entre l’extrême gauche et l’extrême droite, que dois-je faire ? »

La question mérite d’être posée. Mais elle devient dangereuse lorsqu’elle conduit à considérer que les deux choix se valent, que l’un justifie l’autre, et que l’urgence du moment autorise à oublier ce que l’on jugeait essentiel hier.

Car le plus préoccupant n’est peut-être pas la progression des extrêmes. C’est la transformation du regard que nous portons sur eux.

Peu à peu, presque sans s’en apercevoir, des intellectuels, des éditorialistes, des responsables politiques, des citoyens de bonne foi se mettent à considérer le Rassemblement national comme un parti démocratique ordinaire, dont l’attitude à l’Assemblée nationale serait même devenue exemplaire. Ce qui paraissait hier infréquentable serait désormais fréquentable. Ce qui appelait hier la vigilance ne mériterait plus aujourd’hui qu’un examen bienveillant.

Et l’on oublie.

On oublie les fréquentations européennes de Marine Le Pen, notamment sa rencontre à Vienne avec des figures de l’extrême droite autrichienne. On oublie les liens entretenus avec Vladimir Poutine et les convergences affichées avec Viktor Orbán. On oublie les condamnations judiciaires qui ont marqué l’histoire récente du parti et de ses dirigeants. On oublie le populisme nauséeux ,les propositions racoleuses ,les promesses démagogiques. On oublie aussi les individus et les mouvances radicales qui gravitent autour de lui, ou que l’on retrouve dans ses défilés.

Bien sûr, une relation passée ne résume pas un programme,des mouvements bancaires et le fait d’être d’être redevables doivent ils être passés sous silence  ,l’antisémitisme de sa jeunesse est il excusé 5 ans plus tard ?  et une condamnation judiciaire ne dispense pas d’analyser les faits et leurs conséquences. Mais pourquoi ce qui appelait hier des explications, des mises en garde et une vigilance démocratique serait-il soudain devenu secondaire ?

Le problème n’est pas de refuser par principe toute évolution. Un parti peut changer, une organisation peut se transformer, et les électeurs ne sont pas condamnés à penser éternellement comme ils pensaient hier. Le problème est de confondre un changement d’image avec une transformation démontrée, et de prendre la normalisation du discours pour la preuve d’une normalisation des pratiques et des convictions. Car d’aggiornamento il n’y en a pas eu .pas d’amende honorable  ou de repentance  sur un passé qu’ils ont animé ,et hérité en toute conscience

C’est là que le mécanisme devient troublant. On ne renonce pas nécessairement à ses valeurs d’un seul coup. On les aménage. On les relativise. On accepte une exception, puis une autre. On explique que, compte tenu des circonstances, il faut être pragmatique. On se dit qu’il existe des priorités plus urgentes, que le danger est ailleurs, que l’on ne peut pas se permettre d’être trop exigeant.

Et, à force de petits accommodements, la frontière que l’on croyait infranchissable finit par se déplacer.

Il me revient alors l’image de ces avares qui ont passé leur vie à veiller jalousement sur leur trésor. Ils en connaissent chaque pièce, chaque recoin, chaque serrure. Ils ont consacré leur existence à le protéger. Et puis, devenus vieux, ils se font dépouiller sans même s’en rendre compte. Non parce qu’ils ont cessé d’aimer leur trésor, mais parce qu’ils ne voient plus la main qui le leur prend.

C’est un peu ce qui me préoccupe aujourd’hui dans une partie de l’intelligentsia républicaine.

Ces femmes et ces hommes n’ont pas nécessairement cessé d’être attachés à la République, à ses libertés, à l’égalité des citoyens, à l’État de droit. Ils continuent même, sincèrement, à se réclamer de ces principes. Mais, au nom du réalisme politique, ils semblent parfois prêts à en confier la garde à ceux dont l’histoire, les alliances, les ambiguïtés ou certaines propositions devraient précisément inciter à la prudence.

Ils pensent peut-être défendre la République contre un danger qu’ils jugent plus immédiat. Ils pensent peut-être choisir le moindre mal. Ils sont parfois convaincus de faire preuve de lucidité là où d’autres s’abandonneraient à des réflexes moraux.

Mais si, pour protéger la République, on finit par considérer comme secondaires les principes qui la fondent, que reste-t-il de ce que l’on voulait défendre ?

Le danger est d’autant plus grand qu’il ne prend pas nécessairement la forme d’un reniement spectaculaire. Il ressemble plutôt à une lente translation. Quelques centimètres aujourd’hui, quelques autres demain. À chaque étape, on peut encore se raconter que l’on n’a pas bougé, que l’on demeure fidèle à soi-même, que ce sont les autres qui exagèrent.

Et un jour, on se retrouve à défendre, ou du moins à excuser, ce que l’on aurait dénoncé avec force quelques années plus tôt.

La démocratie n’exige pas que nous soyons d’accord sur tout. Elle suppose même le désaccord, la confrontation des idées et l’alternance. Mais elle ne nous oblige pas à mettre sur le même plan toutes les propositions, toutes les pratiques et toutes les conceptions du pouvoir. Elle ne nous interdit pas de juger, de comparer, de rappeler les faits et de demander des comptes.

Surtout, elle ne nous impose pas de choisir entre deux radicalités comme si aucune autre voie n’existait. Le refus d’un extrême ne vaut pas adhésion à l’autre. La critique de l’extrême gauche n’oblige pas à banaliser l’extrême droite, pas plus que la critique de l’extrême droite ne devrait interdire d’examiner lucidement les dérives de l’extrême gauche.

Nous avons besoin de débats, de désaccords, de confrontations franches. Mais nous avons aussi besoin de gens capables de résister à la tentation du manichéisme, de ne pas se laisser enfermer dans un duel permanent, et de ne pas confondre le pragmatisme avec l’abandon progressif de leurs exigences.

Car une République ne se protège pas seulement en désignant ses adversaires. Elle se protège en restant fidèle à ses principes, y compris lorsque les circonstances rendent cette fidélité inconfortable.

Le plus inquiétant, finalement, n’est pas que certains changent d’avis. C’est qu’ils puissent avoir changé de position sans même percevoir le chemin parcouru.

Ils se croient toujours au même endroit. Ils ont simplement déplacé, centimètre après centimètre, les limites de ce qu’ils sont prêts à accepter.

Et pendant qu’ils veillent toujours sur leur trésor, quelqu’un est peut-être en train de leur en vider les poches mais surtout de leur vampiriser leur âme .

et je vous invite a partager ...

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Published by Christian SCHOETTL