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5 octobre 2009 1 05 /10 /octobre /2009 08:44
Au début des années 90,Georges Dortet,maire de Fontenay les briis,m'attrape par l'épaule et me dit "tu connais le théatre de Bligny,non ? alors il faut que je te montre".
C'est ainsi qu'a commencé mon histoire d'amour avec ce lieu,un histoire faite de passion,de trahisons,de déceptions, d'espoirs, et de projets fous.
Dès 1994,a peine élu conseiller général, et président de la commission culture,j'y fais débarquer l'administration départementale,les élus, pour essayer de mobiliser tout le monde sur ce dossier.Fabrice Luchini qui l'a visité, avec qui nous nous étions promis qu'il viendrait faire une lecture.
En effet,a cette époque ,le "cabaret de la longue chaise" n'était plus qu'un hangar de stockage ou s'entassaient matelas et sommiers au rebuts,rouleaux d'isolations etc...Au milieu de cela, quelques merveilles :un somptueux piano,et puis, ce qui restera gravée  dans ma mémoire,la cage du souffleur,la fosse d'orchestre,le projecteur de cinéma arrêté,figé depuis une dernière séance,avec, encore, la dernière bobine et le mégot et sa cendre au bord de la table du projectionniste, comme si celui-ci n'avait pas su que ,ce soir là, en refermant la porte,il n'y reviendrait plus.
Avec Denis Vercellino, qui travaillait au district,nous avons monté un projet culturel mêlant théâtre et cinéma,avec le cabinet Abaq,nous avons imaginé une double restauration : 
Garder l'âme de ce lieu en le restaurant,mais en le laissant dans son "jus" et en creusant sous le bâtiment pour y réaliser un "foyer," un lieu de convivialité qui aurait permis d'organiser des soirées jazz ou café théâtre plus intimes.
Nous y avons même organisé un chantier de jeunes pour nettoyer vider ,redécouvrir les lieux.
Mon caractère, un peu envahissant, a du faire peur a certains...
Dans le même temps,au conseil général, on m'alertait sur une jeune troupe qui "occupait " un gymnase a Wissous, car le maire de cette commune mettait fin a leur contrat de résidence.
Je m'y suis évidement rendu,grimpé a l'échelle pour les rejoindre dans leur camp retranché et nous avons longuement parlé.
Moi,forcément,je leur raconte cette aventure de ce théâtre endormi que j'espère réveiller....
Quelques jours après,j'apprends que ma "jeune troupe" a contacté le directeur de Bligny et lui propose de s'occuper du théâtre.et que point n'est besoin,d'un élu trop invasif.
Tout serait trop long a raconter, mais la réhabilitation s'est faite aux "normes" de la DRAC,c'est à dire que la "boite" a été vidée et qu'une fois dans le lieu,on peut être dans n'importe quel théâtre moderne français,dans n'importe quelle ville.
L'âme s'est enfuie par la trappe du souffleur avant que le marteau piqueur ne la détruise.
Pendant des années,la "jeune troupe" a bénéficié de subsides énormes du conseil général,de la région et de la drac avec un résultat plutôt triste : une moyenne de 35 a 50 spectateurs par représentation,et un public qui fuyait la déprime.
Toutes ces années,j'ai prêché pour une culture joyeuse,vivante,pour un lieu que le public pourrait s'appropier. certains considéraient que c'était une position vulgaire,a leurs yeux ,une salle vide méritait d'être subventionnée, plus que les autres,car cela prouvait que la démarche culturelle entamée était courageuse et créative....
La "jeune troupe" a du coûter a l'ensemble des collectivités,près d'un million d'euros durant les années qu'elle a passé au théâtre de Bligny,et je ne suis pas sur que la création culturelle ait avancé d'autant.
Elle avait lassé le public,elle a fini par lasser les responsables de l'hôpital,qui ont décidé de lancer un appel d'offres et c'est là où les masques tombent et la comédie s'arrête :
Lorsque le conseil général et la région apprennent qu'une autre troupe pourrait être choisie pour animer le théâtre : quelle que soit la troupe,quelle que soit sa qualité ,peu leur importent ! ce sera la "jeune troupe' ou pas de subventions !
un oukase culturel,un ingérence dans la liberté d'expression qui en disent long.
Une position qui confirme que les subventionnements pour cette troupe étaient politiques.
Imaginez que la nouvelle directrice est la personne qui  gère la cérémonie des "molières", que la troupe sélectionnée est une grande troupe de professionnels.
Des politiques annoncent clairement,c'est nous qui gérons les choix culturels...
Avec un courage que je salue,la direction de Bligny,un peu choquée,a répondu "et bien tant pis"
la jeune troupe qui n'est plus très jeune,a quitté Bligny le 30 septembre,coupant l'électricité et démontant tout le matériel ,histoire de simplifier la vie a ses successeurs, qui nous recevaient deux jours plus tard,témoignant d'une élégance rare.
Le président de bligny, qui est un homme d'une grande classe et d'un belle éducation bouillait d'un tel comportement.
Une nouvelle page du théatre de bligny commence ,je forme des voeux très sincères pour que les habitants de notre communauté retrouvent le chemin de ce lieu et que nous y passions des soirées chaleureuses,conviviales et riches de sens. 

 
 

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commentaires

jubrax 10/10/2009 09:47


Ne peut-on considérer que faire des choix artistiques audacieux, qui aiguise de la curiosité quitte à s'affranchir de ceux qui n'en ont pas est aussi louable que de ne proposer que des spectacle
passe partout ? J'ai pas la réponse, mias c'est ce mépris pour les années de travaille de la "petite troupe" qui me choque.
On peut penser ce que l'on veut sans dénigrer la pensée et le travail des autres.


Christian SCHOETTL 10/10/2009 19:13


Vous avez un jugement subjectif  si les choix sont jugés audacieux,alors il faut applaudir,s'ils sont jugés  nombrilistes et opaques,il faut s'interroger.Si vous pensez que Savary qui
remplit des salles n'a pas de choix audacieux mais des choix passe partout ,c'est votre jugement pas le mien.
Sil est un art éphèmère,c'est bien celui de la mise en scène,un fois le rideau tombé,la seule trace réside dans la mémoire des spectateurs,s'il n'y a pas de spectateur,pierrot est bien seul et sa
création inutile.
Je n'ai jamais parlé de "petite troupe" mais de jeune troupe car ils avaient moins de 25 ans quand je les ai connu,il est curieux que vous ayez confondu les deux termes car "jeune" donne une notion
de "pêche" ou d'energie loin d'être péjorative.
Quand on mobilise des sommes d'argent public colossales en tenant un discours sur les malades de l'hopital, sur la diffusion, sur l'acceuil et sur la santé,plus qu'aucun autre ,il faut être certain
d'avoir touché les gens, d'avoir redonné une petite flamme aux malades,avoir donné l'envie de vivre.Un vrai défi ! vaut il mieux se mettre un nez rouge et faire rire un enfant dans son lit ou
pratiquer un théatre audacieux auquel il ne comprendra rien ?
c'est un beau débat que celui de la création,tous les auteurs se croient du génie,peut être en ont ils tous ? pourquoi devraient ils s'exhonérer du jugement du public,tout en ne vivant que de
l'argent public ? n'y a t il pas là une facilité prétentieuse ?
 


jubrax 09/10/2009 16:42


En tant qu'ouvrier de la culture, je tiens à féliciter "la petite troupe" du théâtre du menteur pour le soutient qu'elle a apporté à la création artistique et à la valorisation des pratiques
amateurs à travers les ateliers.
J'espère que les repreneurs continuront sur cette lancée sans succomber à seulement satisfaire des ambitions politiques


Christian SCHOETTL 09/10/2009 17:26


pourquoi "ouvrier" ? c'est une posture ? parce cela fait bien ? est ce que vouloir trouver un public signifie satisfaire des ambitions politiques ? et de qui ?
Le véritable danger,ce sot les gens qui sont heureux d'une culture élitiste ,bien recroquevillée sur elle même,qui arrivent même a considérer que l'absence de public est un signe de
qualité.
Ceux qui se coccoonnent dans ce petit cercle évidement le trouvent formidable.
Quant a la politique,on a bien vu ces derniers mois,dans ces tentatives a imposer ses choix culturels de la part du conseil général del a même manière qu'il subventionne
les bibliothèques pour certains livres et pas pour d'autres sans que cela n'interpelle personne.


baptiste G 06/10/2009 20:56


bah alors christian tu nous promets des photos de la fete de la pomme et rien...que se passe til bonne soirée


dupea 05/10/2009 20:44


Tout cela donne un relief tout particulier aux récentes déclarations de M. Nouaille, qui nous apprend que des jeunes seraient venus le voir en lui disant, je cite "vous êtes un clochard ! Vous ne
pouvez rien nous donner alors que nous avons la chance d'avoir un milliardaire qui nous dirige ... "
Et notre grand démocrate de conclure : c'est effondrant, nous ne sommes plus en République à Corbeil-Essonne." Le comique, on le voit, n'a jamais tué personne. Pour sa prochaine élection,
M.Nouaille pourra proposer aux jeunes qui l'ont interpellé de faire du théâtre et de se faire subventionner par une collectivité territoriale.